A l’occasion du 7e anniversaire, le 31 octobre 2007, de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, les centres Multimédia de la MINUSTAH aux Cayes, Jacmel, Cap-Haitien, Jérémie Miragoâne et Port-de-Paix ont passé en revue le contenu de cette résolution, ainsi que son niveau d’application en Haïti. C’était à travers séminaire et table ronde, organisés avec l’appui de l’Unité Genre de la MINUSTAH. Des dizaines de membres d’organisations de femmes et de la société civile ont pris part à ces rencontres.
Adoptée le 31 octobre 2000, la résolution 1325 réaffirme, en effet, le rôle joué par les femmes dans la prévention, le règlement des conflits et la consolidation de la paix. Dans plusieurs villes du pays, les participants aux diverses rencontres ont été renseignés sur le contenu de cette résolution, ainsi que les limites de son application.
La lumière a également été faite sur les réalités quotidiennes des femmes, ainsi que les freins à leur épanouissement sociopolitique, des facteurs pouvant limiter la paix sociale.
Aux Cayes
Le Centre MultiMedia des Cayes a servi de cadre, le mercredi 31 octobre, à un séminaire-atelier autour du thème « Femmes, Paix et Sécurité, Quelle réalité pour Haïti ? ». Une trentaine d’organisations de femmes et de la société civile y ont pris part.
A l’occasion, Serge Dellile, de la Section des droits de l’homme, est intervenu sur l’aspect légal de la résolution. Il a également expliqué les responsabilités des Etats membres et des instances chargées de surveiller son implémentation, ainsi que le rôle de chaque acteur dans sa mise en application.
La Directrice Départementale du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme, Murielle Présulmé, a fait un état des lieux de la situation des femmes en Haïti, soulignant que la paix sociale ne peut être atteinte sans la réduction de l’inégalité entre hommes et femmes au niveau socioéconomique, juridique et politique. «L’absence de travail pour les femmes dans le secteur formel de même que certains clichés culturels dans le marché de travail expliquent son manque d’autonomie et sa dépendance économique des hommes », a-t-elle fait remarquer au cours de son intervention.
La rencontre, qui a vu la présentation d’un documentaire « Nou dwe pale », a permis aux participants de discuter en atelier autour de « la tradition et la culture comme obstacles à une pleine jouissance des droits de la femme, l’engagement des femmes dans la politique et la violence faite aux femmes ». «Dès la naissance, les filles sont défavorisées », a fait remarquer un des participants. Pour lui, en effet, «il y a en général plus d’intérêt à envoyer les garçons à l’école et à les faire jouer à leur retour pendant qu’on fait travailler les filles à la maison ».
Se basant sur certaines pratiques traditionnelles, des participants ont également souligné que, dans les familles, les hommes sont chefs et preneurs des décisions, tandis que sont réservés aux femmes des travaux domestiques. «De cela découle l’hypothèse selon laquelle les hommes sont plus intelligents et capables que les femmes, et par conséquent mieux prédisposés à prendre part à la politique, considérée un milieu féroce et masculin », a soutenu un participants.
A la lumière des échanges, les organisations se sont engagées à aider les associations de femmes à se structurer et avoir plus de visibilité dans leurs activités. Elles ont aussi promis de promouvoir davantage le leadership féminin tout en sensibilisant la population sur la problématique de genre et les lois électorales en faveur des femmes.
Parmi les suggestions de la rencontre figurent la tenue de débats télévisés sur la question, ainsi que des émissions radiophoniques régulières visant à sensibiliser les femmes. Les participants ont, en outre, souhaité une meilleure collaboration entre l’Unité Genre de la MINUSTAH et le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme.
A Miragoane
Un atelier de réflexion sur le contenu et le niveau d’application de la résolution 1325 en Haïti, portant sur le rôle de la femme dans la prévention, le règlement des conflits et la consolidation de la paix, s’est tenu au Centre Multimédia de Miragoâne le 31 octobre. Le Bureau Départemental à la Condition Féminine, la PNH, plusieurs sections de la MINUSTAH et une quinzaine représentantes d’organisations de femmes et de la société civile y ont pris part.
Pour la circonstance, Ginette Dupaul, Chef du bureau régional, a fait ressortir le caractère sexo-spécifique de la résolution 1325, expliquant comment les femmes sont constamment victimes, ailleurs ou en Haïti, de guerres et de conflits. « Ces faits, de même que des pétitions de la part des groupes de femmes du monde entier, ont poussé le Conseil de Sécurité de l’ONU à adopter cette résolution », a-t-elle précisé. Mme Dupaul a cependant regretté l’absence en Haïti de structures chargées d’appliquer cette résolution.
Responsable du bureau à la Condition Féminine des Nippes, Joséphine Fleurant a de son côté fait l’historique des femmes haïtiennes en montrant que les discriminations criantes à leur égard ont vu le jour avec le code napoléonien introduit par le président Alexandre Pétion. Faisant référence au plaidoyer mené devant l’ONU par les femmes haïtiennes, elle a passé en revue plusieurs acquis de la lutte des femmes vers l’émancipation : en 1988 fut créée une secrétairerie d’État à la Condition Féminine sous le président Manigat, puis en 1995 un Ministère.
La ratification de la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination a l’Egard des Femmes (CEDAW) et le décret du 11 aout 2005 élevant au rang de crime le viol des les femmes, considéré jusque là comme une simple atteinte à la pudeur par le code pénal haïtien, constituent les acquis plus importants de la lutte des femmes en Haïti. Précisant que les obstacles majeurs à la parité hommes-femmes sont la religion et la dépendance économique, Mme Fleurant a dit en attendre mieux dans les prochains jours avec le dépôt devant le Parlement d’un projet de loi sur la paternité et la filiation.
De son coté, Me Marcello Jean Louis de la Section Justice de la MINUSTAH a plaidé en faveur d’une plus grande participation des femmes dans les sphères de décision des secteurs public et privé. Pour lui, les 18 articles de la Résolution 1325 peuvent être regroupés en quatre : 1) Participation des femmes dans les organes de décision ; 2) La nécessité de s’instruire ; 3) La protection de leurs droits ; 4) Le rapport entre les deux sexes.
Rappelant l’évolution des droits des femmes en Haïti, Me Jean Louis a cité en exemple les années 1950, avec l’obtention par les femmes du droit de vote; 1957, leur capacité de se porter candidates et 1975, leur droit de faire partie d’un jury. Toutefois, il reconnait que beaucoup reste à faire. Aussi, Marcello Jean Louis a-t-il regretté l’absence d’un organe de contrôle de l’application de la Résolution 1325 par les États.
Entre autres suggestions enregistrées à cette rencontre figurent la tenue de séances de sensibilisation dans les zones reculées, ainsi que l’organisation de formations par le Ministère à la Condition Féminine.
A Jérémie
La rencontre a été organisée le 6 novembre par le Centre Multimédia en collaboration avec la Direction Régionale du Ministère à la Condition féminine avec l’appui de l’Unité Genre de la MINUSTAH. A l’occasion, plusieurs membres de la société civile de Jérémie ont fait ressortir les différents obstacles concernant l’application de la résolution 1325 en Haïti.
Les débats ont été animés par la Directrice Régionale du Ministère à la Condition Féminine, Me Gladys Saint-Jean, et par le Responsable de la Question du Genre de la MINUSTAH à Jérémie, Abdou Ousmane. Me Saint Jean a mis en exergue, dans son intervention, l’égalité devant exister dans les rapports entre homme et femme. « C’est la société qui a inventé toutes les formes de discriminations et les stéréotypes que nous connaissons dans le monde actuel », a t- elle indiqué.
Pour sa part, Abdou Ousmane a souligné l’importance de la participation des femmes dans les prises de décision à tous les niveaux. Il a, par ailleurs, reconnu les efforts réalisés en ce sens dans le pays. Aussi, a-t-il précisé, «en Haïti, les élections municipales de cette année ont permis d’élire 25 femmes à la tête des mairies, contre six femmes élues en 2000. Les efforts des organisations nationales, internationales et de la MINUSTAH ont occasionné une meilleure reconnaissance des droits et capacités de la femme haïtienne». Toutefois, le responsable régional de l’Unité Genre estime que beaucoup reste à faire.
Entre autres points importants, les participants ont plaidé en faveur d’un nouveau curriculum scolaire, débarrassé des notions jugées discriminatoires à l’égard des femmes.
A Port-de-Paix
Les femmes d’une dizaine d’organisations du département du Nord-Ouest ont débattu de leur rôle dans la construction d’une société haïtienne pacifique et stable. Ces échanges, qui se sont déroulés le 6 novembre au Centre Multimédia de Port-de-Paix, s’inscrivaient dans le cadre de la célébration du septième anniversaire de l’adoption de la Résolution 1325 par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
La rencontre a commencé par une appréciation de la situation générale de la femme haïtienne. En effet, selon une responsable de la Coordination des Associations de Femmes pour le Développement de Saint Louis du Nord, Kedna C. Bastien, la femme haïtienne a encore du chemin à faire pour jouir pleinement de ses droits. «Il n’y a pas de liberté sans liberté économique. Or, nous dépendons encore des hommes. Les parents choisissent d’envoyer d’abord le jeune garçon à l’école. Et la fille est gardée à la maison. Ceci perpétue la dépendance de la femme, à l’égard de l’homme », a-t-elle indiqué.
Pour la coordonnatrice de Réseau des Femmes Actives du Nord-Ouest, Marie Annaise Fertil, la femme dispose de peu de moyens pour revendiquer ses droits. « Même lorsqu’elles ont subi des viols ou d’autres formes de violences, certaines victimes ou parents de victimes refusent de porter plainte », a-t-elle signalé. « Les familles préfèrent négocier, évitant ainsi que l’affaire ne soit portée sur la place publique », a-t-elle ajouté.
La réunion s’est poursuivie par l’historique de la lutte pour l’égalité entre homme et femme à travers le monde, faite par la coordonnatrice départementale du Ministère à la Condition féminine, Mme Angelere Marsillon. Elle s’est, en outre félicité des avancées de la Justice à Port-de-Paix, en faveur du respect des droits de la femme. « Plus de 11 hommes ont été condamnés dont 10 pour viol, lors des dernières Assises criminelles dans le Nord-ouest », a-t-elle souligné.
Le point focal de l’Unité Genre dans cette region, Maria Cristina Pires, a, de son coté, présenté le processus ayant abouti à l’adoption par les Nations Unies de la Résolution 1325.
A la fin de la rencontre, de nombreuses propositions en faveur d’un plus grand épanouissement de la femme ont été faites. Parmi elles figurent la création de coopératives de production, la transformation et la distribution de produits locaux, ou encore la création d’une école de tourisme dans le Nord-Ouest.
Au Cap-Haitien
Une quarantaine de femmes se sont regroupées, le 31 octobre, au Centre Multimédia du Cap-Haïtien, pour discuter de la Résolution 1325. Cette rencontre s’est tenue en présence, notamment du chef de bureau régional de la MINUSTAH, Heiner Rosendahl, et de la directrice départementale du Ministère à la Condition féminine, Marie Ghislaine Monpremier.
Dans ses propos de circonstance, M. Rosendahl a déclaré que « le vote de cette résolution par le Conseil de Sécurité consacrait la reconnaissance officielle par les Nations Unies du rôle combien important joué par la femme dans la résolution des conflits». Il a, par ailleurs, exhorté les femmes haïtiennes à s’engager pour la paix et la sécurité.
De son coté, Mme Monpremier, a présenté la situation de la femme haïtienne, selon elle, « victime de diverses discrimination aussi bien dans la famille que dans la vie de chaque jour à travers l’éducation, l’école et la vie active ». La directrice départementale a également indiqué que « les traditions et les préjugés sociaux sont un frein à l’évolution et à l’épanouissement de la femme en Haïti. « Il nous faut prendre nos responsabilités », a-t-elle demandé.
A Jacmel
La rencontre a débuté avec la présentation de la résolution 1325 par le responsable de l’information publique du Centre Multimédia, Jeffrey Clark Lochard. Le secrétaire général de l’Association des hommes du Sud-Est, Colin Jean Bonard, a souligné, pour sa part, les différents obstacles socioculturels au respect des droits de la femme, en Haïti. Aussi a-t-il déclaré: « Il faut travailler ardemment pour éradiquer les tabous de la société haïtienne empêchant aux femmes de jouir pleinement de leurs droits ».
Pour la coordonnatrice départementale du Ministère à la Condition féminine, Mimose André, cette résolution constitue un outil important en faveur de l’égalité entre homme et femme. « Les femmes ne participent pas assez aux décisions politiques du pays. Debout, femmes et hommes haïtiens pour l’amélioration des conditions des femmes de notre patrie », a-t-elle déclaré.
A la fin de la conférence, les participants ont discuté, entre autres, des différents types de violence faite aux femmes et des responsabilités des hommes.
La résolution 1325 adoptée le 31 octobre 2000 avait été saluée comme étant la première résolution du Conseil de Sécurité qui traite de l’impact des conflits sur les femmes.