Il est 14h30. Ce jeudi 4 octobre, à la Grand Rue, la plus grande artère de la capitale haïtienne, les minibus de transport en commun font leur va-et-vient habituel, les mécaniciens de rues transpirent sous de grosses voitures et les marchandes de plats chauds surveillent de grosses marmites de riz et de légumes qui mijotent. Derrière ce décor familier et ordinaire, se cache pourtant une surprise de taille. Une grande sculpture représentant un homme à la verge énorme se dresse à quelques mètres de l’entrée d’une maison. C’est l’atelier d’André Eugène, sculpteur haïtien, membre du mouvement « atis rezistans ».
« Atis-rezistans » est un regroupement d’artistes menés par trois sculpteurs, André Eugène, Guyoto et Celeur Jean-Hérard. L’originalité de ces sculpteurs est de créer, avec des objets de rebus, de véritables œuvres d’art. Carcasses de voitures, cannettes de soda, clous, poupées, chaussures, chaines de bicyclette, et même des crânes humains, rien n’est insignifiant, tout est transformé en œuvre métaphorique.
Le vaudou et le sexe sont très présents dans leurs créations. Par ici on retrouve une Simbi, déesse des eaux dans le vaudou, faisant l’amour avec un énorme serpent. Plus loin, un poisson salue un androgyne en plein enfantement. « Le vaudou est libérateur » confie Celer Jean-Herrard.
Ces artistes étaient considérés, au début de leur mouvement comme des fous par leurs voisins. « Tous nos compatriotes ne comprenaient pas nos œuvres, ils en ont eu un peu peur », fait remarquer André Eugène.
Cependant, ils ont au fil du temps gagné leur estime. La communauté s’est peu à peu habituée à la présence de ces artistes d’un autre genre. « Maintenant les enfants du quartier nous apportent les objets dont on ne se sert plus chez eux, au lieu de les laisser trainer. Ils sont aussi plus conscients de l’importance de l’environnement », poursuit André Eugène.
Les trois sculpteurs de « Atis Rezistans », s’ils ne sont pas trop connus dans leur pays, jouissent cependant d’une grande renommée internationale. Ils ont participé à de nombreuses expositions à l’étranger. Une de leur création a d’ailleurs été exposée, cet été, au musée de l’esclavage en Angleterre.