

L’agro-alimentaire est l’un des secteurs les plus déficients de l’industrie haïtienne. Mais une des usines du secteur, ITALA, situées près de la commune de Cité Soleil, à Port-au-Prince, continue à survivre depuis une vingtaine d’années. Sa production de pâtes alimentaires est pour une consommation exclusivement locale.


L’entreprise emploie environ 200 ouvriers, certains y évoluant depuis les premières années de son fonctionnement. «Je crois que cela fait plus de 20 ans que je suis employé à cette entreprise. J’y ai fait une bonne partie de ma vie. Cela n’est pas toujours facile, mais j’ai un gagne-pain», témoigne Jonas, un employé.
L’usine compte cinq lignes de production : trois lignes de pâtes longues et deux lignes de pâtes courtes. Chaque ligne renferme des machines servant à fabriquer la pâte elle-même, avant de la sécher, couper et l’empaqueter.
Des contraintes techniques
L’usine fonctionne tous les jours de la semaine. « A cause du type de machines que nous avons, nous travaillons 24h/24. La journée de travail est organisée en deux rotations, celle du matin et celle du soir », comme le souligne le directeur de production de la compagnie, Didier Théard. Les machines s’arrêtent deux fois par mois pour cause d’entretien.
Le fonctionnement de ces machines, en provenance d’Italie, est complètement automatisé. Elles requièrent, cependant, la présence permanente d’employés chargés d’en surveiller la bonne marche. En effet, un problème technique peut subvenir à n’importe quel moment, comme ceux provoqués par les fréquentes coupures du courant électrique. « Les interruptions subites du courant peuvent causer certains dommages, comme le dérèglement de certaines machines. Alors, il faut être présent, prêt à fixer la panne », a expliqué le directeur de production.
Le problème de l’énergie est une des grandes difficultés que confronte cette usine. En Haïti, le courant électrique est rare. Et pour y faire face, l’usine a du être dotée de puissantes génératrices. Entre autres contraintes soulignées par le directeur de production figure le coût élevé des droits portuaires. « Ils sont les plus élevés de la région et cela ne nous rend pas compétitifs. Les prêts bancaires sont également trop élevés, ce qui décourage les investisseurs », a-t-il déploré.
L’usine de fabrication de pâtes alimentaires a aussi connu de sombres jours, dus à l’instabilité sociopolitique du pays. Située dans une zone sensible de la capitale, près de la commune de Cité Soleil, elle a dû, à maintes reprises, fermer ses portes, ce qui a gravement nui à sa productivité.
En effet, avant les turbulences politiques de 2004, trois usines de fabrication de pâtes alimentaires étaient ouvertes en Haïti. A présent, il n’y en a que deux. « Pour survivre, nous nous sommes vraiment battus. Nous avions fait l’acquisition de la dernière ligne de machines durant la période chaude de l’année 2004. Nous avons dû utiliser différentes stratégies et bagarrer fort », a-t-il expliqué.
Une consommation exclusivement locale
Les responsables de l’usine n’envisagent pas de production pour l’exportation. Ils jugent que l’industrie haïtienne ne bénéficie pas d’assez d’avantages pour être compétitive sur le marché international. « Nous voudrions que plus d’efforts soient faits pour encourager l’industrie haïtienne et la protéger », a opiné Didier Théard, faisant remarquer que « nous avons souvent l’impression que nous sommes pointés du doigt, alors que nous sommes des éléments fondamentaux de l’économie haïtienne, non seulement en terme d’emplois, mais aussi pour les taxes que nous payons à l’Etat ».
Selon certains économistes, les Petites et Moyennes Entreprises (PME), notamment celles de l’agroalimentaire, sont des instruments clés du développement économique du pays. Pour l’économiste Claude Beauboeuf, « les PME doivent êtres sérieusement encouragées en Haïti. Elles constituent le nerf moteur de l’économie des pays en développement car ils ne disposent pas de grandes ressources pour des entreprises plus lourdes. Dans certains pays, elles constituent jusqu’à 80% du secteur industriel. Haïti aurait tout à gagner en favorisant ce type d’investissements ».
Dans les années 1970, le secteur industriel haïtien connaissait une croissance annuelle de 8.3%, mais a connu une énorme baisse 20 ans après. Aujourd’hui des efforts sont faits au niveau de la communauté internationale pour aider Haïti à redynamiser ce secteur économique.