La réduction de la mortalité maternelle est un des engagements pris par Haïti dans le cadre de la réalisation des Objectifs du Millénaire de Développement. L’atteinte de cet engagement semble relever du défi, étant donné l’état alarmant de la santé maternelle en Haïti. Cependant si les facteurs entretenant cette situation paraissent tenaces, Haïti a néanmoins résolument adopté des stratégies visant à réduire les décès maternels.
Avec un nombre variant entre 630 et 1000 décès maternels pour 100 mille naissances vivantes, Haïti figure parmi les pays détenant le taux le plus élevé de mortalité maternelle de la caraïbe. En d’autres termes, une (1) Haïtienne sur 37 risque de mourir de causes liées à la grossesse. L’hémorragie, suite à des complications, est la première cause médicale des décès.
De multiples facteurs sont à l’origine de cette situation alarmante. Des difficultés économiques et des insuffisances au niveau de la prise en charge sont souvent incriminés.
Facteurs favorisant la forte mortalité maternelle
La population haïtienne connaît une situation économique difficile. Un tiers de la population active de 15 ans et plus est au chômage et bon nombre de ceux qui ont une activité arrivent difficilement à répondre à leurs obligations. Ainsi la prise en charge financière d’une grossesse et de l’accouchement est souvent compliquée pour une bonne partie de la population.
Sanon est l’heureux père d’un garçon de 3 mois. Gardien d’une maison dans une banlieue de la capitale, il gagne 2000 gourdes par mois. L’accouchement de sa femme dans un hôpital public lui a coûté plus du double de son revenu mensuel. N’était-ce l’aide de ses employeurs et de la marraine de l’enfant, Sanon n’aurait pas eu les fonds nécessaires pour l’hospitalisation de son épouse.
Outre les grandes difficultés économiques de la population, l’absence ou le dysfonctionnement des soins obstétricaux d’urgence explique aussi cette forte mortalité. En Haïti, on ne retrouve que huit (8) médecins pour 100.000 habitants. L’absence de personnel qualifié, la non disponibilité d’équipements ou de médicaments, le manque de structures sanitaires communautaires sont autant de causes de ce taux élevé de mortalité. Ainsi, en Haïti 76 à 80 % des accouchements se font à domicile et à peine 60 % des femmes accouchent sous assistance médicale.
Jean est jeune médecin. Son année de service sociale, il l’a passé dans une région reculée du pays dans le département du Centre. Jean se souvient encore d’un des accouchements les plus difficiles qu’il eut à superviser. « A 1 h du matin, j’ai entendu frapper à ma porte. C’était un villageois qui m’expliquait que sa femme était en plein travail et que je devais venir l’assister. Nous avons pris la route à pied dans l’obscurité la plus totale. Après plus d’une heure de marche, nous sommes finalement arrivés au domicile de cette femme. La maison n’était pas du tout électrifiée et j’ai dû procéder à l’accouchement à la lumière de deux bougies qui éclairaient la chambre de la dame », confie-t-il.
Lors de la 55ème ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2000, Haïti a pris l’engagement de réaliser d’ici à 2015 les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Réduire de trois quart le taux de mortalité maternelle d’ici à 2015 figure parmi les OMD. Ainsi le gouvernement haïtien, aidé des partenaires internationaux, a élaboré une série de stratégies visant à atteindre cet objectif.
Stratégies de réduction de la mortalité maternelle
Selon le directeur général de la Santé Publique et de la Population, le docteur Gabriel Thimothée, « réduire la mortalité maternelle de l’ordre de 75% comme Haïti s’y est engagé est un véritable défi ». Haïti a déjà pris certains engagements pour tenter de réaliser ces objectifs. Parmi ceux-là, on peut citer l’adoption de la stratégie régionale des Amériques de réduction de la mortalité maternelle, la promotion des accouchements bénéficiant d’une assistance médicale, le financement des soins maternels de santé, l’augmentation des investissements dans le domaine de la santé maternelle.
Des objectifs permettant le respect de ces engagements ont également été pris. L’Etat haïtien s’est ainsi donné pour défi que 100% des accouchements se fassent sous assistance médicale, que les Unités Communautaires de Santé aient des maternités équipées et du personnel qualifié. « Il nous faudra renforcer la structure organisationnelle du service de santé, augmenter la couverture en soin obstétricaux essentiels, réduire les conditions liées au genre qui entretiennent les risques de mortalité maternelle et favoriser la planification familiale », informe le Dr Gabriel Thimotée.
« Aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie » est le message à retenir de la célébration de cette journée mondiale de la population consacrée à la santé maternelle. Autorités gouvernementales, partenaires internationaux, hommes et femmes devraient ensemble travailler à faire de cette résolution une réalité.