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Saut d’eau, quand le spirituel se met en quête du mieux-être
MINUSTAH.ORG  | Date de Publication:  07/18/2008 | Articles | MINUSTAH.ORG
18 juillet 2008

Cette année encore, le 16 juillet, des milliers de pèlerins se sont rendus à Saut- d’Eau, région située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Port au Prince pour y célébrer la fête de Notre Dame du Mont Carmel, patronne de la localité. Venant de plusieurs coins d’Haïti ainsi que de la diaspora haïtienne d’Amérique du Nord et d’Europe, les pèlerins sont en quête de réponses et de réconfort spirituel. Ils viennent aussi pour solliciter les grâces de la Vierge Miracle ou  encore celles des esprits vaudous habitant les lieux...

Depuis plus d’un siècle, la fête patronale de Ville-Bonheur, autre nom de Saut-d’Eau, attire la grande foule. Et cette année encore, elle n’a pas failli à sa réputation. Ce 16 juillet, dès les premières heures du jour, l’entrée de la ville était déjà impraticable.

En effet,  véhicules privés et bus de transport en commun avançaient péniblement. Même les taxis-moto arrivaient difficilement à se frayer un chemin.  Des pèlerins impatients  ont choisi de continuer la route à pied, pressés de se rendre à l’église du Mont Carmel pour assister aux célébrations religieuses ou sous les chutes d’eau appelées « Saut d’eau », pour y prendre leur bain de « chance ».

 A Saut-d’Eau, offices en l’honneur de la vierge et cérémonies vaudou se côtoient ou s’entremêlent. Aussi, à la vue d'une couleuvre perchée sur l'un des arbres de l'endroit, des pèlerins se sont rassemblés. Et, déjà, on crie à l’apparition de Dambala, un des esprits du panthéon vaudou. Des bougies sont vite allumées et les adeptes du culte improvisent un sanctuaire voué à ce « loa ».

Le véritable culte  se fait sous les chutes d’eau. Sur les grosses racines des arbres se trouvant dans les bassins, les fidèles allument leurs bougies et font leurs demandes. Dans l’eau, les pèlerins quittent leurs vieux vêtements. Un geste symbolique censé leur permettre de se débarrasser de leurs difficultés de toutes sortes.

Les bras ouverts et à voix haute, Jacques Verrettes, paysan du centre du pays, prie. Les maigres revenus qu’il obtient en travaillant la terre ne suffisent pas à subvenir aux besoins de sa famille.  « J’ai emprunté beaucoup d’argent pour payer la scolarité de mon fils. Que la vierge m’entende et m’aide à rembourser cette dette. La vierge est miraculeuse, elle ne me refusera pas cette faveur », dit-il confiant.

Non loin de là, le bruit de la cascade arrive à peine à masquer les cris d’une fidele entrée en transes. Son compagnon a du mal à la retenir. Il lui lie un foulard bleu au tour du bras et lui fait boire du rhum, « afin que l’esprit soit apaisé et abandonne son corps».

Mais tous ne sont pas venus en pèlerinage. Certains viennent à Saut d’eau juste pour s’amuser. Ceux-là ne sont pas toujours bien vus par les fidèles pèlerins. «Avant, ceux qui venaient à Saut-d’Eau respectaient ce lieu de culte. Ils venaient de partout pour prier la vierge, les loas et se purifier. Mais aujourd’hui les jeunes s’amusent en créant du désordre», se plaint René, un habitué du pèlerinage.

Pour d’autres, Saut d’eau n’est pas seulement un lieu de culte ou de dévotion, mais également une région avec une réelle potentialité économique. Ainsi, Lionel Calvin, après avoir travaillé une vingtaine d’années dans la restauration aux Etats-Unis d’Amérique, est venu s’y établir en 2005. Il y a ouvert un petit restaurant. Mais l’homme d’affaires a de plus grandes ambitions. Il aimerait construire un hôtel avec une trentaine de chambres.

Saut-d’Eau, pour Lionel Calvin, c'est une région hautement touristique qui peut, tout au long de l’année, attirer des visiteurs. Cependant, note-t-il : «tant que la route est mauvaise, il est difficile de convaincre quiconque». En effet, la route qui mène à Saut d’eau est en piteux état et n’encourage pas les touristes.

Toutefois, ce 16 juillet, ni la route ni le manque d’infrastructures hôtelières n’ont découragé les fidèles de la fête patronale du Mont Carmel. La plupart sont repartis ravis et pleins d’espoirs.

A Saut-d’Eau, en juillet 1848, la Vierge serait apparue pour la première fois à un paysan de la zone. Ce dernier l’aurait aperçue au sommet d’un palmier situé à la base des chutes, là où les eaux de la rivière Latombe percutent avec force la terre.