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Notes de la conférence de presse de M. Jean-Marie Guéhenno du dimanche 6 juillet 2008
MINUSTAH.ORG  | Date de Publication:  07/10/2008 | Points de Presse | MINUSTAH.ORG
Transcription

Conférence de Presse

Sophie Boutaud de la Combe
Mesdames, Messieurs
Bienvenue
Bonjour à toutes et à tous,
Bienvenue à cette conférence de presse exceptionnelle de Monsieur Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux missions de maintien de la paix pour les Nations Unies, qui après une visite de 48h en visite en Haïti part aujourd’hui dimanche pour New York.

Monsieur Guéhenno va tout d’abord vous dire quelques mots et ensuite nous ouvrirons le temps des questions.
Merci.


Jean-Marie Guéhenno : D’abord, je veux présenter mes excuses pour vous mobiliser un dimanche qui est normalement un jour de repos pour tous, y compris d’habitude, pour moi-même. Mais je tenais à venir en Haïti à un moment qui, je sais, est un moment difficile, parce qu’il y a la vie chère, il y a eu cette terrible hausse des prix alimentaires, cette hausse des prix du carburant dans un pays qui est en train de se reconstruire. Ce qui est déjà une difficulté dans tout pays devient quelque chose d’encore beaucoup plus difficile dans un pays comme Haïti et donc je voulais d’abord venir rendre hommage et témoigner la solidarité des Nations Unies avec le peuple haïtien, avec un peuple courageux qui a une longue histoire derrière lui et qui est maintenait en train de construire un nouvel Haïti avec un nouvel espoir pour l’avenir.

J’ai le sentiment, revenant ici après plus de deux années, que bien sûr il y a énormément encore à faire. Qu’il s’agisse de la construction des institutions, du développement, de la création des emplois. Je vois bien tout ce qu’il y a à faire. En même temps, ce matin, j’étais à Martissant, j’étais à Cité Soleil. Je me souviens que la dernière fois que je suis venu, ce n’était même pas imaginable de pouvoir se promener à pied tranquillement dans Cité Soleil. Donc regardant Haïti avec la distance de quelqu’un qui travaille au quartier général des Nations Unies, je vois aussi le chemin parcouru.

Maintenant je vois aussi le défi. Haïti est devant, pour le moment encore, une crise politique qui n’est pas encore résolue. D’une certaine manière, les crises politiques, c’est un signe de maturité. Le fait qu’il y ait un débat entre l’Exécutif, le Parlement, ça se passe dans toutes les démocraties. Et aujourd’hui, il faut bien voir que c’est mieux d’avoir cette discussion politique que d’avoir des batailles dans la rue. Mais en même temps c’est vrai je suis préoccupé par cela et je pense que, ayant parlé à beaucoup d’interlocuteurs, j’espère qu’on va bientôt voir la fin de cette crise. C’est important que cette crise prenne fin. Qu’il y ait un Premier ministre qui soit rapidement nommé. Parce que nous, communauté internationale, nous sommes là en appui, en solidarité, avec les responsables d’Haïti.

J’ai rencontré, au cours de ma visite, le président Préval, les représentants du Parlement, de la société civile, du secteur privé. J’ai fait le tour d’horizon le plus large possible. Je vois bien la possibilité qu’Haïti aujourd’hui se rassemble pour définir un avenir de développement. Je crois que cette possibilité, il faut maintenant qu’elle se réalise vite. Parce que nous, communauté internationale, nous avons besoin d’un partenaire pour pouvoir, avec ce partenaire, mobiliser les fonds, mobiliser les ressources nécessaires.

Le Secrétaire général des Nations Unies s’est engagé très fortement, à Rome, en marge du sommet qui a eu lieu sur la crise alimentaire mondiale. Il a tenu, avec le président du Brésil, le président Lula, une réunion spéciale consacrée à Haïti. Dans quelques jours, à la mi-juillet, il va y avoir une autre réunion consacrée à Haïti. La communauté internationale est à vos cotés. On m’a appris un proverbe haïtien « vwazinaj se fanmi », moi je dis « Nasyon zini se fanmi ». On est de la famille et on veut vous aider. Parce vous faites partie des Nations Unies. Vous êtes l’un des membres les plus anciens des Nations Unies. C’est normal qu’on aide. Mais pour qu’on aide, il va falloir évidemment qu’on puisse travailler dans le détail avec un gouvernement qui a le pouvoir de gouverner, qui a le soutien d’un Parlement pour pouvoir traiter toutes les questions qui se posent.

Je sais qu’il y a les questions immédiates, des questions conjoncturelles qui sont graves, comme la rentrée scolaire, la saison des cyclones. Il y a aussi les questions structurelles : comment créer de emplois, comment avoir des travaux publics pour améliorer les infrastructures, comment attirer des investissements. Toutes ces questions, ça suppose, au fond, entre les Haïtiens, entre toutes les forces vives de la nation ; ça suppose un pacte fort.

J’ai été très impressionné par la vision du président Préval. Je sais qu’il y a en Haïti des hommes et des femmes qui veulent aller de l’avant. Nous, communauté internationale, nous serons à leur coté. Nous serons à vos cotés pour redoubler d’efforts dans un moment qui est difficile, mais où, je pense, on a fait beaucoup même s’il y a encore beaucoup à faire. Et aujourd’hui je crois que tout est possible si on sait se rassembler. C’est la leçon très forte que je tire de cette visite qui était très remplie et maintenant je suis prêt à répondre à vos questions si vous en avez. Merci.

 

Questions – Réponses

Question : Vous avez parlé d’un sommet qu’il va y avoir en juillet. Dans quel pays..
Jean-Marie Guéhenno
: C’est à la mi-juillet, à Madrid. Il s’agit d’une réunion de donateurs où on va discuter de l’aide internationale en faveur d’Haïti dans le contexte de la crise alimentaire.

Question 2 (inaudible)….
Jean-Marie Guéhenno
: Nous y travaillons très activement et c’est au cœur du mandat de la MINUSTAH, pour renforcer la police, pour renforcer la justice parce qu’il est essentiel que le peuple ait confiance dans sa police, ait confiance dans sa justice.
Tout à l’heure par exemple j’ai visité le commissariat de police qui a été rétabli au centre de Cité Soleil. Ce genre de choses, il faut le développer dans tout Haïti. Il y a des centaines, il y a des milliers de policiers qui sont progressivement formés, équipés, entrainés avec l’aide de la communauté internationale. Mais la police ne suffit pas. Il faut aussi qu’il y ait une justice qui ait la confiance des citoyens. Donc cela suppose des réformes. Il y a déjà des lois importantes qui ont été votées par le Parlement. Maintenant il faut qu’elles soient mises en œuvre et la mise en œuvre c’est aussi un énorme travail pour que, par exemple, quand un citoyen se rend au parquet pour déposer une plainte, il y ait quelqu’un qui reçoive sa plainte. Que si quelqu’un est condamné et doit aller en prison, que la prison ait des conditions acceptables. Que si quelqu’un va en prison, il n’y reste pas trop longtemps en attente de jugement. Donc tout ca c’est un effort de longue haleine. C‘est un effort qui doit être soutenu. Ce que je peux assurer, c’est que la communauté internationale a conscience des défis, que nous avons des partenaires qui sont prêts à retrousser leurs manches. Ainsi, à l’école nationale de la magistrature, il  y a des gens qui veulent travailler pour former des juges pour que demain il y ait des juges en nombre suffisant, pour que les procès ne trainent pas, pour que la justice soit rendue dans les meilleures conditions. Tout ca ne va pas se faire en un jour. Ce que je crois très important, c’est que chacun, chaque Haïtien chaque Haïtienne sache qu’il y a un chemin, qu’il y a  une voie qui est tracée. C’est ce qui peut donner la confiance et l’espoir. Et ce que je peux assurer c’est que la communauté internationale appuiera Haiti dans ce long chemin, où il y a des difficultés, où il ne faut pas promettre la lune, il ne faut pas promettre que demain tout va aller bien. C’est que, il y a des difficultés, il y a des efforts à faire. Ce qu’il faut voir c’est où on était en 2004, où on est aujourd’hui. Il y a des progrès. Il y a encore beaucoup à faire à Port-au-Prince, dans l’ensemble d’Haïti parce qu’il faut travailler sur tout le territoire de Cap-Haitien, à la Gonâve et à Jacmel. Partout il faut être là. Il faut être présent, il faut être actif. Moi ce qui me frappe c’est le courage du peuple haïtien, c’est la volonté de tant d’haïtiens de vouloir changer leur pays. Je pense que si cette volonté est soutenue, s’il y a un vrai consensus qui se bâtit en Haïti, à ce moment là tout est possible. Et donc, mon message c’est un message de confiance dans l’avenir, de réalisme et de persistance. Il va falloir être têtu, il va falloir être obstiné. Et je pense que si on l’est, on peut regarder l’avenir avec confiance. Malgré toutes les difficultés actuelles, malgré la vie chère, malgré tout ça, dont il va falloir s’occuper, d’où les mobilisations que j’évoquais, mais ça ne doit pas détourner l’attention des objectifs stratégiques qui sont ceux de Haïti que la communauté internationale appuie pleinement.

Question 3 : (inaudible)….j’aimerais savoir si vous avez rencontré le Premier ministre désigné madame Michèle Duvivier Pierre-Louis.
Jean-Marie Guéhenno
: Bien sûr, j’ai rencontré Madame Michèle Pierre-Louis. Elle a eu une longue expérience dans l’action sociale et nous avons eu une discussion très intéressante sur tout ce qu’il y a à faire en Haïti. Je crois qu’il est évidemment important que, maintenant, cette crise politique se termine vite pour que tout le monde puisse se mettre au travail, pour faire le travail gouvernemental nécessaire.

Question 4 : (inaudible)….
Jean-Marie Guéhenno
: Non, je dirige toutes les opérations de maintien de la paix à travers le monde.

Question 5 : Est ce que vous partez avec le sentiment que vous avez laissé en Haïti une atmosphère de paix ?
Jean-Marie Guéhenno
: Ça c’est une question difficile. Je crois que la paix il faut qu’elle soit dans les têtes d’abord. Evidemment quand on a le ventre vide, quand il y a beaucoup de misère, il ne peut pas y avoir de vraie paix. Donc la paix viendra, la vraie paix viendra, avec le développement, elle viendra avec des emplois. Et ce que je crois profondément c’est que le développent, les emplois, ils ne peuvent pas venir s’il n’y a pas la sécurité. Et je crois qu’en matière de sécurité, oui aujourd’hui il y a des problèmes, il y a des kidnappings. On est en train de travailler de façon très professionnelle avec la police de la MINUSTAH, avec nos collègues de la police nationale d’Haïti pour traiter la question. Je pense que cette question de sécurité, on a des gens qui sont très engagés pour l’améliorer. Et ça c’est un élément, c’est une des fondations de la paix. Ce n’est pas la seule. La sécurité, qui est assurée par l’armée, par la police c’est un élément essentiel, je crois qu’on est en train d’y travailler. Donc à votre question, est ce que je laisse une atmosphère de paix, je crois que, sur la sécurité on fait des progrès. Sur un pacte de progrès et de développement, il me semble que les esprits sont en train de se rassembler parce que l’enjeu est trop important pour qu’on laisse passer cette occasion. Je crois qu’il y a une espérance de paix qui est là et que la MINUSTAH va appuyer et donc, en ce sens, oui, j’espère que je laisse une atmosphère qui va vers la paix.

Question 6 : (inaudible)….
Jean-Marie Guéhenno
: D’abord, ce qui était important, c’était de savoir où chacun se situe, s’il y a un terrain commun et c’est le message que je vous donne. En écoutant attentivement mes différents interlocuteurs, je pense qu’il y a un terrain commun. Je crois qu’il y a la possibilité de se rassembler, se rassembler au-delà des intérêts individuels, des intérêts personnels, se rassembler pour l’avenir d’Haïti. Moi j’ai été frappé de voir que dans l’analyse des problèmes, entre des interlocuteurs qui viennent d’horizons très différents, de perspectives très différentes, il y a une reconnaissance qu’un certain nombre de priorités essentielles doivent maintenant faire l’objet d’une vraie réponse. Et donc, en ce sens, ma visite c’était d’abord d’aider à contribuer à montrer que la communauté internationale sera d’autant plus présente qu’elle verra ce rassemblement des Haïtiens. Comme vous le savez je suis responsable de 20 opérations de maintien de la paix, ca veut donc dire 20 pays qui sont en difficulté, qui ont besoin de soutien international. Et moi mon métier c’est d’être leur avocat. On est là pour aider, pour rien d’autre. Et donc, il faut donner des arguments à l’avocat. Alors si on peut dire : voilà, les responsables du pays sont en train de se rassembler, il y a des accords qui se font, il faut répondre à ce rassemblement par une aide solide ; ça facilite la vie et aussi le message que je voulais donner à mes différents interlocuteurs : on va être à vos cotés.
On comprend bien que quand la crise politique va enfin se dénouer (j’espère que maintenant c’est très proche), quand il va y avoir un nouveau gouvernement en place, nous nous sommes à votre écoute et c’était aussi un but de mon voyage : comprendre les besoins, comprendre les demandes, donc on va faire le maximum pour être sur les starting-blocks, si je puis dire, pour être prêt à aider le mieux possible un nouveau gouvernement. Mais le fait que les Haïtiens se rassemblent qu’il y ait un nouveau gouvernement, ça sera un élément très fort pour mobiliser la communauté internationale. Donc mon voyage avait plusieurs objectifs : vérifier qu’il y a la possibilité d’un consensus haïtien, recueillir des informations pour qu’on puise aider Haïti à aller de l’avant et, aussi, persuader tout le monde que ce consensus va nous aider pour mobiliser les fonds nécessaires.

Question 7: (inaudible)….
Jean-Marie Guéhenno
: J’ai visité le pays en d’autres voyages. Cette fois-ci je suis resté à Port-au-Prince. Mais on est bien conscient que l’avenir d’Haïti c’est un équilibre entre les villes et la campagne. Il y a une économie rurale qui a été trop longtemps sacrifiée. Aujourd’hui il y a une crise alimentaire, Haïti importe des produits alimentaires. Il y a quelque temps de cela, l’Artibonite, était un grenier pour Haïti et donc la communauté internationale est bien consciente des priorités des autorités haïtiennes, du président Préval. Les plans qui ont été établis pour rééquilibrer le développement, pour que les gens qui sont dans les villes puissent y vivre, qu’ils aient les services nécessaires. Mais qu’on n’oublie pas tous ceux qui sont à la campagne et qui, quelquefois, quittent la campagne parce qu’on l’a négligé. C’est très important d‘être à l’écoute des paysans, d’être à l’écoute de tous ceux qui sont dans le Haïti rural où les infrastructures se sont dégradées, où il n’y a plus l’irrigation nécessaire, où il n’y a plus des voies de communication pour  aller vendre les produits à la ville . Tout ça j’en ai discuté avec mes interlocuteurs, par exemple avec le ministre du Plan. On sait bien que pour qu’il y ait un développement équilibré d’Haïti, il faut qu’il y ait un développement de tout Haïti, les villes et les campagnes.