La mangue figure parmi les deux principales denrées d’exportations d’Haïti à côté du café. Elle rapporte annuellement environ 30 millions de dollars à l’économie du pays. Dans la commune de Gros-morne où est concentrée une grande partie de la production, l’avenir de nombreuses familles est suspendu à ce fruit. 

« J’ai neuf enfants. C’est avec ce commerce que je prends soin de ma famille depuis 29 ans », a déclaré, reconnaissant, Wilfrand Sylvetre, un producteur de Gros Morne. Ce paysan, comme beaucoup d’autres, possède plusieurs manguiers qu’il tient en héritage. La production nationale de mangue dépend d’eux, directement.
En effet, « il n’existe pas de vergers, les mangues amenées par nos 112 fournisseurs proviennent des campagnes. Nous sommes dépendants de la production individuel des paysans », concède Patrick Reimers, directeur de Caribbean Produce, une entreprises qui exporte de la mangue francique depuis 20 ans à New York.
Mais, entre le paysan producteur et l’exportateur, interviennent plusieurs intermédiaires. Aussi, la mangue achetée au producteur au coût de 35 gourdes la douzaine se négocie, au final, à 45 gourdes aux entreprises d’exportations. La caisse de 4.5 kg contenant entre 9 et 12 unités est revendue par l’exportateur au prix minimum de 5 dollars américains.
Ces entreprises d’exportations, qui sont une dizaine, sont dotées d’une usine de traitement des mangues, comme l’exige le département de l’Agriculture des Etats-Unis (USDA). Un employé de l’USDA et, depuis cette année, un ingénieur-agronome du ministère haïtien de l’agriculture jouent le rôle de superviseurs dans ces usines.
D’ailleurs, l’exportation des caisses de mangues est conditionnée par un certificat dûment délivré par le représentant de l’USDA.
« Mon travail consiste à traiter les mangues et m’assurer qu’elles sont transportées dans les conditions idéales », résume Joseph Jean Marie, représentant de l’USDA, rencontré à l’Usine de traitement du Carribean produce.
Les mangues sont traitées à l’eau chaude dans des cuves, sous une température oscillant « entre 115 et 117 degré fahrenheit ». Dépendant leur poids, « elles restent submergées entre 75 et 90 minutes, le temps nécessaire pour détruire les larves éventuelles », explique M. Jean Marie qui suit le traitement via son ordinateur.
Les mangues sont ensuite amenées dans une salle de mise en quarantaine. A l’entrée de cette chambre, un appareil d’aération fonctionne en permanence pour barrer le passage aux moustiques.
Là, elles sont plongées dans un « hydrocooler » qui abaisse graduellement leur température avant d’être étalées sur la table d’inspection sous les yeux expertes d’une trentaine de femme et d’hommes qui font ce métier pour la plupart depuis plus de 15 ans dans l’entreprise, précise Patrick Reimers. Les mangues sont ensuite rangées dans des boites en carton avant d’être entreposé dans les containers du client qui se charge de l’amener à destination.
Des cuves à la table d’inspection, le représentant de l’USDA reconnaît que l’inspection occasionne le rejet d’environ « 10% des mangues », mais « c’est le prix à payer pour assurer la qualité optimale », a-t-il soutenu.
Des mesures internes pour protéger le commerce
Le renforcement des inspections à l’intérieur des industries de traitement se combine avec d’autres mesures prises en amont par le ministère haïtien de l’agriculture pour réduire les risques d’infection des mangues, cause d’interdiction des exportations vers les Etats-Unis l’année dernière.
En effet, la découverte à Miami, en juillet dernier, de larves de mouches dans des mangues provenant d’Haïti a provoqué la suspension des exportations des mangues haïtiennes vers les Etats-Unis entre juillet 2006 et mars 2007, par l’USDA.
Le Ministère haïtien de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) a pris un ensemble de mesures pour parvenir à la reprise du commerce. Entre autres, la localisation par GPS (géo-positionnement par satellite) des différentes aires de production ainsi que leur protection par des pièges à mouche « pèlen-mouch ».
Le MARNDR a également l’initiative de décider « du début de la date de la cueillette des mangues dans chaque zone. Il le fixe en fonction du niveau d’infestation des fruits par la mouche et le niveau de maturité des mangues », a informé le Secrétaire d’Etat haïtien à l’agriculture, Joanas Gué.
Aussi, l’exportation a été interdite cette année durant la contre-saison allant de décembre à février. Elle a été « ouverte en avril et prendra fin en juillet », a rappelé l’ingénieur-agronome Nestor Jean Miguel, qui fait partie d’une équipe de vingt ingénieurs-agronomes représentant du MARNDR Yves Antoine Lanoe, fournisseur de mangues depuis 30 ans, est marqué au rouge par cette période. L’embargo américain de l’année dernière qui a empêché l’écoulement de plus d’un million de caisse de mangues vers les Etats-Unis a eu des répercussions directement sur ce père de famille. Un de ses six enfants n’a pas été à l’école, ses revenus ayant chuté suite à cette décision.
La décision administrative écourtant la saison des mangues aura des effets sur le volume des exportations. Elle provoquera certainement un manque à gagner pour l’économie en général, et pour les différents acteurs intervenant dans cette filière de la production nationale, en particulier. Toutefois, le Secrétaire d’Etat à l’agriculture espère que les recettes de cette année ne seront pas en deçà de 22 millions de dollars.
Et les perspectives sont plutôt bonnes car, d’après des chiffres de l’Association nationale des exportateurs de mangues (ANEM) pour les cinq premières semaines (quatre semaines d’avril plus première semaine de mai), les 10 entreprises ont exportés 813.524 caisses.
Mais Haïti peut encore tirer davantage du commerce de la mangue car seule la Francique est exportée. Or Haïti possède « une très riche variété de mangue ». Le Secrétaire d’Etat à l’agriculture, Joanas Gué estime que le pays n’arrive même pas à exporter 30% de sa production totale de mangues.
Il indique par ailleurs que le gouvernement haïtien va explorer le domaine de la transformation alimentaire (jus de mangue et séchage solaire) pour permettre au pays de tirer le maximum du commerce juteux de la mangue.