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Construction de trottoirs : entre accommodation et désagrément
MINUSTAH.ORG  | Date de Publication:  05/14/2008 | Articles | MINUSTAH.ORG
14 mai 2008

Dans plusieurs quartiers de la capitale haitienne, le Ministère des Travaux Publics Transports et Communication (MTPTC) effectuent des  réfections de  trottoirs. Ce projet qui répond aux exigences de l’urbanisme provoque cependant quelques désagréments dans sa mise en œuvre.

A Turgeau, quartier au centre de Port-au-Prince, les travaux de construction des trottoirs vont bon train. De nombreux ouvriers s’affairent : les uns à paver les trottoirs, les autres à abattre les murs des propriétés ne respectant pas la distance règlementaire entre la chaussée et les constructions, prévue par les lois haïtiennes.

Ces travaux des MTPTC obéissent selon le Directeur général de cette institution à un souci des autorités de protéger le piéton. « L’absence de trottoirs constitue une négation de l’existence du piéton », avance Alfred Piard. Toutefois, la prise en compte du piéton n’est pas l’unique motif de réalisation de ces travaux, l’embellissement de l’espace urbain en est un autre.

Ainsi, outre les travaux de réfection ou de construction, des arbres sont plantés le long des trottoirs rénovés, ce qui confère un aspect plus attractif au quartier et favorise l’esthétique de la ville. Des bancs publics sont également installés afin de permettre aux piétons de se reposer au besoin.

Ces travaux, qui ont débuté depuis avril 2007, sont financés par le trésor public. Cependant le budget affecté à ce projet n’est pas révélé. « Il est difficile de parler de budget. Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, le projet prend de l’ampleur », signale le directeur général. La plupart des quartiers de la zone métropolitaine devraient bénéficier de ces ouvrages, informe, par ailleurs M Piard.

Cependant si la construction des trottoirs est sans aucun doute une nécessité et devrait permettre une nette amélioration de la circulation des piétons, et un embellissement de la ville, il n’en demeure pas moins que ces travaux ont provoqué la colère de certains riverains à cause des désagréments engendrés.
 
En effet, les clôtures de plusieurs propriétés ont été détruites par le MTPTC pour permettre la construction ou l’élargissement des trottoirs. Dans certains cas, faute de moyens ou de temps, les nouvelles clôtures ne sont pas érigées, laissant ainsi ces maisons sans protection.

Pour justifier sa démarche, le MTPTC se réfère à la loi du 6 juin 1963 faisant obligation de respecter un espace libre de 2 mètres au moins de largeur entre la chaussée et les clôtures des terrains riverains. Fort de ces dispositions légales, le MTPTC se contente d’exiger aux propriétaires fautifs de construire une nouvelle clôture, ce, sans dédommagement.

« Nous ne devons pas dédommager les propriétaires qui n’ont pas respecté la loi. De plus nous avons pris le soin d’avertir par voie de presse ou directement par voie épistolaire les concernés de l’obligation qui leur est faite de respecter la largeur du trottoir », assure M Piard.

Toutefois, des résidents affirment n’avoir pas été avertis à temps. « Un jour, nous avons vu inscrire sur notre mur : à démolir. Mais, aucun représentant du MTPTC ne nous avait contactés auparavant. Maintenant il nous faut dans un certain délai construire une nouvelle clôture afin que notre maison ne reste pas sans protection. Nous ne bénéficions d’aucun dédommagement. Et les temps sont durs », se plaint une résidente de Turgeau.

L’édification d’une nouvelle clôture n’est pas le seul souci des riverains. Plusieurs redoutent que l’élargissement des trottoirs n’amène d’autres types de désagréments.

« Nous avons de très bonnes relations avec les MTPTC qui nous ont non seulement informé de la destruction prochaine de la clôture de notre propriété mais qui ont également dépêché un architecte au près de nous afin de réfléchir ensemble de la meilleure façon de procéder à la construction de la prochaine bordure », indique le vicaire de la paroisse de l’Eglise du Sacré Coeur de Turgeau. « Cependant, poursuit-il, notre grande crainte est que le nouvel espace soit envahi par les petits commerçants et que le quartier ne devienne un gigantesque marché ».

Peur injustifiée ? Pas tout à fait, quand on sait que les vendeurs du secteur informel font des trottoirs leur espace de commerce. Ces travaux atteindront-ils  un de leurs objectifs qui est de rendre la ville plus belle ? On est en droit de se poser cette question.