« Ma musique est sociale avant d’être commerciale », a dit Bélo au début de son concert le samedi 10 mai à Port-au-Prince. C’était à l’occasion de la double vente signature de son 2e album « Référence » et le dernier du groupe Mizik-mizik « Paradi nan lanfè ». Sur son deuxième opus mettant en exergue les défis sociaux, les enfants et la femme haïtienne constituent la principale source d’inspiration de Bélo.


Le jeune espoir de la musique haïtienne, Jean Bélony Murat dit Bélo, champion 2006 du prix international Découvertes RFI, consacre son 2e opus de 12 titres à chanter Haïti, les enfants et la femme.
Avec une verve incisive, le chanteur passe en revue le sort des boat people haïtiens, alerte contre l’exode des cerveaux (Istwa dwòl / histoire drole), rend hommage au courage et à la dignité de la femme haïtienne (Fanm kreyol / femme créole), se révolte contre la violence dont elles sont victimes (Deblozay / esclandre), prêche un comportement responsable face aux maladies sexuellement transmissibles (Pap negosye / on ne négocie pas) et dénonce le rapport désastreux entre la population et l’environnement dans « Proposition ».
Mais le dénominateur commun de presque toutes ses chansons ce sont les enfants. L’artiste fait référence aux enfants d’Haïti dans plusieurs titres et leur en consacre deux totalement. « Timoun ki pral lekòl pa ta dwe ap janbe kadav/ (les enfants ne devraient pas enjamber les cadavres pour aller à l’école) », s’indigne Bélo dans « Mwen bouke / J’en ai assez ». Et pour marquer les conséquences d’un environnement violent sur les enfants Bélo illustre : « chak katouch ki tire nanm timoun yo vole/ Chaque détonation traumatise les enfants».
A 28ans, le chanteur gagne en maturité en tant que compositeur et en tant qu’interprète. Il a composé les textes de toutes les chansons sur son deuxième album et fait montre d’une plus grande maitrise dans ses interprétations.
En tant que parolier, il a su choisir des images fortes et expressives qui, parfois, trahissent sa formation de comptable : « Se yo menm ki kanè bank peyi nou/ yo konte sou nou pou prodwi gro enterè/ (ils [les enfants] sont le livret d’épargne de notre pays/ Ils comptent sur nous pour produire de gros intérêts) ».
D’autres artistes confirmés tels que le guitariste Andy Barrow, le saxophoniste Jowee Omicil et le bassiste Richard Bona, sur invitation du maestro de Bélo, Fabrice Rouzier, également maestro de Mizik-mizik, ont participé à la réalisation de « Référence ».
De fait, l’album gagne en couleur. Le fameux « raganga », style musical particulier concocté par Bélo amalgamant le ragga et le reggae, laisse transpirer notamment l’influence du jazz et du rock. Une touche internationale plus marquée qui n’est pas pour déplaire à Michaël Benjamin du groupe Krezi-Mizik : « c’est un superbe mélange. Avec Bélo, la musique haïtienne a atteint un autre niveau. C’est sûr qu’il va conquérir un nouveau public… Bélo ouvre les horizons ».
Tom Mitchel, un saxophoniste américain qui collabore depuis 25 ans avec des groupes haïtiens et qui participait pour la première fois avec Bélo en concert ce samedi, a déclaré à la fin de la soirée: « Je suis fort impressionné par ce jeune artiste. A travers lui, je peux dire qu’il y a de l’espoir pour la musique haïtienne. »
Le public était tout acquis à la cause de Bélo, avec qui il a pu chanter d’une seule voix notamment deux anciens titres à succès : « Istwa dwòl » et « Lakou trankil ». Deux titres revisités et qui figurent également sur « Référence ».
Mizik-Mizik a clôturé le concert de 3 heures en tenant continuellement le public sous le charme de la voix d’Erick Charles, toujours aussi impressionnant après 13 années au sein du groupe. Le public a chanté jusqu’à minuit les hits du groupe : « Blackout », « Ayizan » mais aussi le titre éponyme du dernier album « Lanmou nan paradi » et « David », un titre populaire d’une ancienne formation, DP express, merveilleusement interprété par Erick Charles.
Bélo a fait son entrée sur la scène musicale en 2005 au fort des troubles politiques de l’après Aristide. Sa chanson tube « lakou trankil » a obtenu un chaleureux accueil de la part du public haïtien. « Fò w konn dwa m kòmanse, kot dwa pa w fini, e dwa pa m fini kot paw kòmanse/ (sachez que mes droits commencent là ou s’arrêtent les vôtres et mes droits s’arrêtent là où commencent les vôtres) », chantait Bélo dans Lakou trankil, titre éponyme de son premier album. Cette chanson prônait le respect des principes démocratiques.