Deux sites différents, une ferme à la Croix-des-Bouquets et au Lac Azuéi, (15 km de Port-au-Prince), abritent un projet pilote de production de poissons. Ce projet piscicole est financé par la Coopération française à hauteur de 250.000 euros. Ce montant a permis la mise en place de la logistique nécessaire et le lancement de la production au profit d’un village de pêcheurs démunis, vivant dans des conditions écœurantes.


Le Projet de Développement Economique et Social du Lac Azuéi (PODESELA) est un projet de production de Tilapia en cage. Il a pour objectif de lutter contre la pauvreté en permettant la création de richesses. Il vise également à combattre la faim et la malnutrition et « fournir un appui au gouvernement dans son programme de développement de la pêche continentale » a informé Valentin Abe, directeur du projet.
Ce projet encore à sa phase pilote est exécuté au profit des habitants du village Madan Belizè (Mme Bélizaire) et en partenariat avec eux. Cette localité de la commune de Ganthier, limitrophe à la République Dominicaine, abrite 42 familles totalisant 248 habitants vivant dans des conditions d’extrême pauvreté. Parents et enfants sont entassés dans des cases de 7 ou 8 mètres carrés de superficie. Ils évoluent dans un environnement où manquent l’eau potable, l’éducation et les soins de santé.
« Nous n’avons rien, notre situation est lamentable. Nous ne pouvons rien cultiver ici et la pêche dans l’étang ne rapporte plus rien. Nous n’avons même pas de l’eau potable ici. N’était-ce l’agronome [le responsable du projet] qui nous apporte de l’eau, nous serions tous morts de soif », a déclaré, reconnaissant, Prophète Exavier, un vieux pêcheur.
PODESELA se déroule sur deux sites. D’abord, une écloserie située dans une ferme à la Croix-des-Bouquets. Les alvins sont produits et gardés jusqu’à deux mois. Ces poissons, ainsi que de la nourriture nécessaire à leur croissance, sont ensuite remis aux paysans qui, pendant quatre mois, en assurent l’élevage dans le lac Azuéi, appelé également étang saumâtre, situé à la frontière haitiano-dominicaine.
« Je suis à la tête de l’équipe qui s’occupe des poissons placés en cages dans le lac. Nous leur donnons à manger, les surveillons et réparons les cages lorsqu’elles sont défectueuses », a déclaré Prophète Exavier qui perçoit 1500 gourdes (38 dollars américains) mensuel pour son travail.
Vers la réduction graduelle de la dépendance nationale
Cette écloserie tient lieu de centre de production et de reproduction. En effet, grâce à la disponibilité de 2000 poissons géniteurs, ce centre parvient à produire les alvins nécessaires à l’ensemencement. Ceci a permis de réduire la dépendance du pays dans ce domaine puisque, antérieurement, il fallait s’adresser à Cuba, à la République Dominicaine et aux Etats-Unis.
Ce centre de production est aussi un centre de formation qui accueille des étudiants en agronomie de l’Université d’Etat d’Haïti et des Universités privées.
Actuellement le projet permet de produire 1.200.000 alvins pour une capacité de production de 2.500.000. Cette capacité sera portée à 5.000.000 d’ici à 2010, a indiqué le directeur du projet.
En outre, en 2007, le projet a commercialisé 157 tonnes de poissons. Les prévisions pour l’année 2008 tablent sur 400 tonnes. Une partie de la production est écoulée directement par les bénéficiaires et l’autre partie est vendue dans les supermarchés et les restaurants de la capitale. Avant d’être vendus, les poissons sont nettoyés par des femmes du village contre rémunération.
Aussi, Gertrude Exumé, une habitante du village qui participe toujours aux opérations de nettoyage, se réjouit de l’initiative « Avec les sous reçus, j’achète de la nourriture pour mes enfants », a-t-elle déclaré. Mme Exumé a ajouté : « le projet prend en charge aussi la scolarité de deux de mes enfants ».
En effet, 50% des profits réalisés sur la commercialisation de la production de poissons vont directement aux bénéficiaires. Les 50% restant servent à la réalisation de projets sociaux à leur profit. Il s’agit entre autres de l’approvisionnement en eau potable, du paiement de la scolarité des enfants et des soins de santé. Ils sont également utilisés pour rémunérer les habitants s’occupant de l’élevage.
Optimiste, M. Abe espère atteindre 2000 tonnes d’ici à 2010. Le directeur du projet envisage non seulement de poursuivre l’ensemencement du lac Azuéi mais aussi celui du lac de Péligre, dans le département de l’Artibonite et ceux de Miragoane, dans le Sud du pays.
A en croire M. Abe, toutes les infrastructures nécessaires sont disponibles. Cependant, les difficultés d’approvisionnement en énergie constituent un handicap majeur. L’utilisation actuelle d’un groupe électrogène devient de plus en plus onéreuse en raison de la hausse vertigineuse du coût du carburant ». Il ambitionne d’avoir recours à l’énergie éolienne mais il lui faudra 65.000 dollars américains, une somme non encore disponible.
L’augmentation de la capacité de production piscicole du pays devra permettre l’accroissement du ratio de consommation de poisson par habitant et par ricochet la disponibilité en protéine pour la population. Actuellement la consommation moyenne de poisson par habitant et par an, en Haïti, est de 2,5 kilogrammes contre 35 kilogrammes à la Jamaïque, une autre ile de la Caraïbe.
Par ailleurs, l’accroissement de la production permettra de réduire sensiblement les importations de ce produit. Le pays importe pour l’instant 12.000 tonnes de poissons, dont 60% en conserve et 20% séchés. D’ici à 2012, Haïti atteindra l’autosuffisance dans ce domaine, prédit Valentin Abe.
Après l’expérience pilote d’élevage en cage du village Mme Bélizaire, le projet s’étendra à six autres villages voisins, dont Bay, Glore, nan Lilèt et Fon chalè. Ainsi, les pêcheurs auront de quoi survivre entre l’ensemencement et la croissance des poissons.