
Les manifestations de rues en rapport avec la cherté de la vie ont, entre autre, entrainé la fermeture des classes, pendant près de cinq jours. Des troubles qui ont perturbé le fonctionnement des établissements scolaires déjà souffrant de multiples faiblesses.

Aussi, les émeutes de la faim survenues au début du mois d’avril, qui ont occasionné de lourdes pertes dans le secteur commercial, ont également troublé le fonctionnement des écoles. En effet, la plupart des établissements scolaires de la capitale et des principales régions du pays ont du fermer leurs portes : parents, élèves, professeurs, directeurs craignant d’être victimes des manifestants en furie.
Cette interruption des cours n’est pas sans conséquence sur le comportement des élèves et l’application des programmes scolaires, entre autres. Les responsables d’école sont ainsi contraints d’ajuster leurs prévisions annuelles.
« Nous avons dû accélérer le rythme des cours. Ainsi, un contenu qui devait être vu en trois jours le sera en un jour. Nous donnons également beaucoup plus de travaux à domicile », explique Henoc D., directeur pédagogique d’une institution privée de la capitale.
Responsabiliser d’avantage l’élève alors qu’il se trouve dans un moment psychologique fragile, exige qu’on lui fournisse plus d’encadrement. Des enfants qui avaient déjà certaines difficultés d’apprentissage ont besoin de plus de soutien de la part des responsables pédagogiques.
« Des cours de rattrapage sont donnés à certains apprenants, qui sont en difficulté, afin de les aider à ne pas échouer. Ces élèves qui obtiennent généralement des résultats assez faibles nécessitent encore plus d’accompagnement après ce type d’interruption inattendue», poursuit le directeur.
Des consignes ont aussi été données aux enseignants des écoles publiques afin d’adapter l’application du programme au temps scolaire restant. «Enseignants et directeurs sont avertis que si nécessaire, des cours peuvent être dispensés les samedis ou les jours fériés surtout pour les classes d’examen », a renseigné Wesner Désir, cadre au Ministère de l’Education Nationale.
Malgré ces diverses mesures, les principaux concernés ne se sentent pas plus rassurés. Une certaine appréhension est notamment ressentie chez les élèves ayant à subir des examens d’Etat à la fin de l’année scolaire ainsi que chez leurs parents.
Cette crainte est davantage présente chez les écoliers ne fréquentant pas une institution de renom. Cette diminution des jours de classe s’ajoute en effet à une liste déjà importante de problèmes confrontés au cours de l’année, dont l’absentéisme des professeurs.
Pour Nadine, élève de troisième secondaire à un collège de la capitale, qui aura à passer son brevet en juin prochain, l’inquiétude est grande. « Certains professeurs n’ont pas encore terminé leur programme, rester une semaine à la maison n’a rien de bon. Je n’ai pas pu travailler seul. Mes parents ont peur que je ne réussisse pas », confie l’écolière de 16 ans.
En outre, la reprise a été difficile dans certains établissements. Après cette coupure d’avec le milieu scolaire, certains élèves ont eu du mal à se remettre dans le bain. Leur comportement en salle de classe était empreint d’une certaine angoisse ou d’une excitation. Ainsi à l’institution Vision Nouvelle, école primaire de la commune de Delmas, un enseignant ne supportant plus l’agitation de ses élèves a craqué et fondu en larmes. Depuis leur retour, les écoliers affichaient une agitation inhabituelle qu’elle n’a pas pu contrôler.
La fermeture des écoles due à l’instabilité sociopolitique n’est pas une situation nouvelle dans le pays. Depuis près de deux décennies, les cours sont régulièrement interrompus par des bouleversements politiques ou sociaux.
A titre d’exemples, en 2003-2004, les évènements ayant conduit au départ du président Jean-Bertrand Aristide avait causé la fermeture des classes. Avant les vacances d’Eté 2005, certaines écoles de la capitale avaient dû hâter leur fermeture en raison des vagues de kidnappings qui touchaient les élèves. La même situation s’était produite en décembre 2006.
Ainsi, certains pédagogues mettent en exergue non seulement les effets néfastes que ces perturbations peuvent causer sur le niveau académique des écoliers mais aussi le découragement qu’elles peuvent entrainer chez les jeunes Haïtiens. « Le jeune, celui qui a une véritable soif d’apprendre, est frustré. Il a un ras le bol général», affirme Nirvah Jean-Jacques, directrice générale de la Fondation Haïtienne de l’Enseignement Privé (FONHEP)
Pour Julien Daboué, conseiller technique principal en éducation au Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) en Haïti, le respect du nombre de jours de classes est fondamental. « Il permet de voir le contenu des programmes aussi bien dans son intégralité que de manière qualitative, et permet de faire une diversité d’activités pédagogiques en salle de classe. En plus le respect du rythme d’apprentissage de l’enfant est assuré », indique le conseiller.
Si certaines dispositions sont prises par les agents pédagogiques pour limiter les conséquences de ces interruptions répétées durant l’année scolaire, elles ne sont pas l’objet d’une réflexion commune et ne sauraient véritablement résoudre les problèmes qui en résultent.
Les agents du système éducatif haïtien et leurs partenaires internationaux s’efforcent malgré tout de rendre le système éducatif plus performant, notamment en respectant les normes internationales qui recommandent au moins 200 jours de classes par an. Et pour cause, cette année 200 jours avaient été prévus.