Le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), Jacques Diouf, a effectué, le 6 mai, une visite officielle en Haïti. Au cours de ce bref passage dans le pays, il a été à Cabaret, 35 km au nord de Port-au-Prince, pour apprécier l’évolution d’un projet d’assistance humanitaire aux agriculteurs de la commune. M. Diouf a également rencontré le Président haïtien, René Préval, ainsi que des bailleurs de fonds qu’il a exhortés d’apporter un plus grand soutien à Haïti.


Durant les premières heures de sa visite, Jacques Diouf s’est rendu dans la commune de Cabaret pour visiter un projet d’assistance humanitaire de la FAO au profit d’agriculteurs de cette commune. Ce projet était initié plus précisément au bénéfice d’un millier de paysans de la localité de Bretelle durement touchés par des inondations en 2007.
Outre la commune de Cabaret, la FAO exécute des projets d’assistance humanitaire dans cinq régions du Sud du pays, également sinistrées lors des inondations de l’année dernière. Il s’agit des communes d’Aquin, Saint Louis du Sud, Cavaillon, Arniquet et Saint Jean.
« Les activités réalisées ont été orientées vers la relance de la production agricole dans ces zones », explique Henri Claude Déshormes, agronome consultant de la FAO dans le cadre de ce projet pour lequel l’Union Européenne, à travers l’Office d’aide humanitaire de la communauté européenne (ECHO), a accordé une enveloppe totale de 400.000 euros.
« Grâce à ce projet, un millier de paysans de la localité de Bretelle ont pu réussir la campagne d’haricot de décembre dernier », comme le souligne également M. Déshormes. Grâce à cette initiative à leur profit, les paysans ont pu, en effet, récolter 200 tonnes métriques d’haricot pour 10 tonnes de semences améliorées distribuées, selon la FAO.
Pour arriver à ce résultat, il a fallu préalablement effectuer le curage des canaux d’irrigation. « La stratégie utilisée a été le ‘‘cash for work’’ », c’est-à-dire travail contre compensation financière, ce qui a permis aux bénéficiaires d’économiser un peu d’argent en attendant la récolte, comme en témoigne Pierre Arvin Nelson, qui a participé aux travaux de curage.
Avant la fin du projet de 6 mois, dans les prochaines semaines, « un millier de poules pondeuses seront distribuées aux paysans de Bretelle, ainsi que des semences de légumes et 20.000 plants de bananiers qui pourront résister à la maladie sigatoka noire », laquelle a ravagé les plantations dans la zone, a révélé M. Deshormes.
L’agronome a également fait état de ressources limitées les empêchant de toucher un plus grand nombre de bénéficiaires.
Les bailleurs invités à soutenir Haïti
En début d’après-midi, Jacques Diouf a rencontré les bailleurs de fonds dont les ambassadeurs du Canada, de France et d’Espagne, le représentant de l’OIF, le chef de la délégation de l’Union européenne ainsi que le représentant de la Banque mondiale en Haïti.
« C’est une jeune démocratie qu’il faut préserver et on doit garder à l’esprit que les conditions sociales de la population vont influer sur la stabilité des institutions démocratiques », a déclaré Jacques Diouf, lors de cette rencontre.
M. Diouf, qui avait auparavant rencontré le Président René Préval, a partagé avec ses interlocuteurs les préoccupations du chef d’Etat haïtien. Selon le directeur général de la FAO, les préoccupations de M. Préval s’inscrivent dans le court et le moyen termes. Il s’agit pour lui de faire baisser les prix des produits de base sur le marché local pour soulager les populations les plus démunies et relancer la production nationale en facilitant notamment aux agriculteurs, l’accès aux intrants.
M. Diouf a profité de son passage en Haïti pour lancer un appel à l’endroit des bailleurs internationaux à l’approche du prochain sommet sur l’insécurité alimentaire prévu du 3 au 5 juin. Il a plaidé en faveur davantage de fonds pour l’agriculture, rappelant au passage, chiffre à l’appui, le peu d’intérêt manifesté pour ce secteur durant la dernière décennie. « Entre 1990 et 2000, la part de l’agriculture dans l’aide au développement a diminué de 50 %. Et aujourd’hui, l’agriculture représente seulement 4% du montant total de l’aide au développement », a-t-il rappelé.
En regard des récents troubles sociaux générés dans divers pays par la flambée du prix des produits de base sur le marché mondial, le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture espère qu’il y aura « un renversement de tendance au niveau des ressources allouées à l’agriculture », à l’issue de ce sommet au cours duquel l’impact de l’utilisation des hydrocarbures et de la montée des prix du pétrole seront également abordés.