10e visite de Michel Forst en Haïti : entre avancées et insatisfactions

En visite en Haïti, depuis le 31 janvier, pour faire le « suivi des engagements pris par les autorités haïtiennes » en matière de droits de l’homme, l’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti, Michel Forst, dont la mission prend fin ce 08 février, a fait le point lors d’une rencontre, au siège de la MINUSTAH, avec les médias locaux et internationaux sur les principaux moments de sa visite, la 10e du genre dans le pays depuis sa nomination en juin 2008. Son constat : bien des défis persistent malgré les progrès enregistrés.


10e visite de Michel Forst en Haïti : entre avancées et insatisfactions


galerie

Photo : Logan Abassi/Victoria Hazou – UN/MINUSTAH

Au nombre des avancées que salue Michel Forst figurent « la nomination du président de la Cour de Cassation, la mise en place prochaine du Conseil Supérieur du Pouvoir Judicaire, l’aboutissement du procès des Cayes -au cours duquel 7 policiers ont été condamnés pour le meurtre de 11 prisonniers en janvier 2010 dans le cadre d’une tentative d’évasion à la prison civile- et la ratification du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) ».

Mais de ses échanges avec les autorités, les organismes des droits de l’homme et de ses visites de terrain, l’expert déplore la persistance d’importants défis pour Haïti. Des défis relatifs notamment à l’Etat de droit qui, rappelle-t-il, fait partie des priorités du Président de la République, Michel Martelly. Et comme le souligne l’Expert indépendant dans un communiqué, « la mise en œuvre de l’Etat de droit devrait être une action de nature profondément politique permettant de dépasser les décisions purement techniques pour lesquelles les diagnostics ont été posés depuis longtemps ».

Sur place, il s’est également penché sur la situation des quelque 500.000 déplacés encore dans les camps. L’Expert indépendant s’est notamment rendu aux camps de Corail Cesse-Lesse, Canaan et Jerizalem, où il s’est enquis des conditions de vie des résidents, principalement celles des personnes vulnérables : les personnes âgées, les femmes et les enfants. Occasion pour lui de plaider en faveur de « l’adoption d’une stratégie de planification urbaine qui soit nationale, allant au delà du projet 16/6, et qui permette aux déplacés de revenir dans leurs communes d’origine dans des conditions acceptables et non plus dans des abris de fortune ».
L’Expert indépendant a aussi rappelé l’importance de la poursuite des efforts dans la lutte contre l’impunité et la corruption, notamment dans les rangs de la Police Nationale d’Haïti (PNH), avec l’appui de la MINUSTAH.

Autre préoccupation de Michel Forst, la situation des prisonniers, principalement les personnes en détention préventive prolongée. Afin de constater les conditions dans lesquelles évoluent ces personnes, il a visité le Pénitencier National et la Prison de la Croix des Bouquets et des gardes à vue de commissariats de police, telles celle des Gonaïves.
La vallée de l’Artibonite est le théâtre, depuis des mois, de conflits terriens qui ont déjà occasionné affrontements, assassinats et agressions physiques, ainsi que la destruction de plusieurs champs. C’est pourquoi, à Saint-Marc et aux Gonaïves, Michel Forst a eu plusieurs échanges avec les autorités départementales, incluant le chef du Parquet, le vice-délégué de l’arrondissement de Saint-Marc, les Commissaires de la PNH, des représentants de l’Institut National de la Réforme Agraire (INARA) et les membres d’organisations de Bocozelle (section communale de Saint-Marc). Là, « il était question d’évaluer les forces et faiblesses des institutions et/ou des textes légaux en la matière et de réfléchir sur les mesures à prendre en vue de faire cesser définitivement ces conflits », comme l’explique le coordonnateur régional de la Section des droits de l’homme de la MINUSTAH aux Gonaïves, Mamadou Saliou Diallo.
Toujours dans l’Artibonite, M. Forst a rencontré des planteurs de Villard et recueilli leurs revendications liées à la « mauvaise gestion des fertilisants destinés aux cultivateurs de la vallée de l’Artibonite ». En effet, d’après le porte-parole de ces paysans, des sacs de fertilisants ont été l’objet de « détournement », ce qui a pour conséquence la baisse de leurs revenus.

La présente visite de l’expert indépendant intervient au moment il est fait état que l’ex-président Jean-Claude Duvalier « pourrait n’être inculpé que pour des accusations de crimes financiers et non pour les nombreuses violations des droits de l’homme commises pendant ses années de gouvernance ». Réagissant à ce dossier, M. Forst avait précisé dans un communiqué que « l’existence de crimes commis par le régime Duvalier est bien établie et a été confirmée à de nombreuses reprises, notamment par les rapports annuels de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme de 1970 à 1986 ».
Et d’ajouter que « les familles des victimes qui ont porté plainte depuis le retour de Jean-Claude Duvalier en Haïti ont fourni aux autorités judiciaires les éléments d’information nécessaires pour renvoyer l’ancien président devant le Tribunal criminel pour être jugé sous les inculpations de crime, de meurtre, de séquestration, de détention illégale et de torture ».
De cette 10e visite de l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme en Haïti, dont la mission est d’«évaluer, informer et conseiller» le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Haïti, sortira un rapport qui sera rendu public en avril 2012.

Rédaction : Uwolowulakana Ikavi
Edition : Pierre Jérôme Richard

This entry was posted in Non classé. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire